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Gazette d’un coquin II – Chronique d’un jeune ittrois entre fin 1942 et le début des années 1960

En 1945, pas de salle de bain, pas de toilettes dans la maison, pas de chauffage central, pas d’eau courante. On se lavait le soir dans un cuvier , avec de l’eau mise à chauffer sur le poële au charbon, le WC se trouvait au fond de la cour, et pour l’eau potable, on allait avec un goreau (goreau = porte- seaux, de l’ancien français gorriau, dixit Coppens) et deux seaux jusqu’à la pompe de la place St Remi. C’est seulement en 1948 que des terrassiers flamands ont commencé à installer la distribution d’’eau.

Quand j’ai eu l’âge, j’ai été à l’école des Sœurs, chez Melle Lebrun – 94 printemps le 2/8/2001 – qui avait déjà donné leçon à mon oncle Omer et qui a encore eu mon fils Stéphane dans ses jupes. Quelle carrière elle a faite, celle-là; sûr qu’elle a essuyé les morves de la moitié du village. Je dis la moitié du village parce qu’à l’époque, les catholiques allaient à l’école libre tandis que les bouffeurs de curés s’inscrivaient à l’école communale.

Comme j’étais venu au monde le jour des Saints Innocents, j’ai vite dû passer un examen pour voir si je pouvais monter, avec un an d’avance, en 1ère année. Cest sœur Paula qui m’a demandé:
– Dites-moi mon petit garçon, que se passe-t-il quand on essaye de voler des boules à la boulangerie ?
– Ma sœur, quand on profite de l’absence de la boulangère pour essayer de voler des bonbons, hé bien, le Bon Dieu nous punit en laissant notre main collée au fond du bocal!
– Bien, et que se passe-t-il lorsque l’on fait de vilaines grimaces ?
– Ma sœur, si jamais les cloches de l’église sonnent à ce moment-là, hé bien, on reste toute sa vie avec la grimace marquée sur le visage!
– Très bien, et dites-moi, c’est quoi un péché ?
– Ma soeur, un péché, c’est comme si j’enfonçais des épines dans le cœur du Petit Jésus!
Sœur Paula, prête à pleurer:
– C’est bien mon petit, vous irez en première année!
Facile, hein! Bon, ça a été la première et la dernière fois que j’étais reçu avec les félicitations du jury!

En 1949, la première primaire était mixte, en deuxième, les garçons montaient dans le bâtiment du dessus, où on accédait par l’entrée située entre la petite boutique d’Eva Chabeau (n°6) et la maison Cheron (n°10), maître d’école.

Chaque année, St Nicolas, venu en grande pompe – avec Melle de Geradon pour les filles, et la comtesse de Baudemont pour les garçons – s’installait sur une estrade où chacun passait à tour de rôle; les petits recevaient une ardoise, des touches, une éponge qui sentait la transpiration, et les plus grands avaient droit à un beau cahier L’Ecolier venu en droite ligne des papeteries d’Asquempont, et des crayons de couleur avec un taille-crayon en forme de mappemonde.

A la récréation, on jouait aux billes, au mouchoir, au chat-coupé, au chat plus haut que la terre, au chat caché. Pour désigner celui qui devait chercher après les autres, on comptait:
« Les-fla-mands,- c’est- pas –des- gens,
ils- ont- des- puces-come-des-la-pins
ils-les-mettent-dans-leurs-as-siet-tes
et-les-cro-quent-comme-des-noi-settes »

Ou bien:
« Ceux-de-Bois-Sei-gneur
on-les-prend-par-les-pieds
on-les-met-sur-le-grenier
pour-faire-peur-aux-sou-ris
Ceux-d’O-phain
On-les-prend-par-les-doigts
On-les-met-sur-le-toit
Pour-faire-peur-aux-putois. »

En parlant des flamands, c’est vers 1945-1950 que les Cnockaert, Goethals, De Waele, Van Parys sont arrivés à Ittre. Leurs enfants ont été à l’école comme tous et à part quelques disputes de « sale wallon » ou bien « sale flamand », on n’a jamais rien eu à dire sur leur compte, bien au contraire! D’ailleurs, dans ces familles-là, certains parlent mieux wallon que beaucoup d’ittrois pure souche.

A midi, ceux qui habitaient au centre du village retournaient manger chez eux et étaient ainsi les premiers à savoir pour qui la cloche avait sonné le glas vers 10 heures (à l’époque, une des deux cloches manquait, enlevée par les allemands pendant la guerre 40). Pour remonter vers l’école, on s’installait sur le marche-pied arrière du fourgon du Bon Grain, en remerciant les deux chevaux qui avaient bien du mal à remorquer tout ça jusqu’au dessus de la rue de la Montagne.

A suivre

Jean-Marie Gervy (11/2000)

Gazete d’in losse II – Cronike d’in djoûne itrwès intrè fin 1942 yè, à pau près, 1960

In 1945, poû d’sale dè bin, poû d’twèlète dins ‘l mézo, poû d’tchaufâdje central, poû d’euye courante. On s’èrlavoût au nût’ dins ‘n cuvèle, avu d’l’euye èrtchaufée d’su l’èstuve au tchèrbon, pou daler à ‘s marone i faloût daler à l’uch, yè pou l’euye potâbe, on daloût avu in goria yè deus sayas djusqu’ à ‘l pompe d’èl place St Rèmi. C’èst seulmint in 1948 què dès tèrassiés canifechtônes-flamoutches ont couminchi à mète l’euye dè robinèt.

Quand d’ai yeu l’âdje, dj’ai sti à l’èscole dès sieûrs, d’lé madmoisèle Lebrun –94 printemps èl deu d’awouss’ 2001 – qu’avoût djà apris à ‘m mounonke Omer yè qu’ a co yeu ‘m gamin Stéphane dins sès cotes. Qué carière qu’èle a fé stèle-lâle; bi seûr qu’èle a stièrdu lès brins d’nez du mitan du vilâdje. Djè dis èl mitan du vilâdje pasqu’à ç’moumint-là, lès bouyas daline à l’èscole catolike tandis’què lès mindjeûs d’curés stine à l’èscole comunâle.

Come d’astoû vènu au monde èl djou dès Sints z-Inocints, d’ai râm’mint du passer in n-èxamin pou vir si on m’mètroût in n-an d’avance in prèmière anéye. C’est sieûr Paula qui m’a d’mandé:
– Dites-moi mon petit garçon, que se passe –t-il quand on essaye de voler des boules à la boulangerie ?
– Ma sœur,quand on d’in profite qu’èl boulindjère n’est ni là pou asprouver d’èscroter dès boules, hè bi, èl Bon Dieu nous punit in lèyant no main coléye au fond du bocâl!
– Bien, et que se passe-t-il lorsque l’on fait de vilaines grimaces ?
– Ma sœur,si jamé lès clokes dè l’èglije sonerine à ç-moumint-là, hè bi on dmeure toute ès’ vie avu ‘l grimace markîe su ‘s visâdje!
– Très bien, et dites moi, c’est quoi un péché ?
– Ma sœur, in péché, c’èst come si d’infonç’rou dès èspèn’ dins ‘l kieûr du P’tit Jésus!
Sieûr Paula, prèsse à brére:
– C’est bien mon p’tit, vous irez en première année!
Facîle, hein! Bon, ça a sti èl prèmi yè ‘l dérni cou qu’dj’astoû r’çu avu lès félicitâcions du jury!

In 1949, èl prèmière primére astout mixe; in deuzième anéye, lès gârçons montine dins ‘l batimint du dzeur, ayusqu’on arivoût pa l’intréye situwéye intrè ‘l pètit boutike Eva Chabeau n°6 yè ‘l mézo Cheron n°10, mésse d’èscole.

Tous lès ans, Sint Nicolas, vènu in grand tralala – avu madmoizèle dè Géradon pou lès féyes, yè èl comtesse dè Baudémont pou lès gârçons -, ès’ mètou su ‘n èstrâde ayusqu’on daloût chakun ‘s toûr: lès p’tits èrcèvine ène ârdwèse, dès touches, ène èponje qui sintoût ‘l wanwan, yè lès pus grands avine drwèt à in bia cayè « L’écolier » vènu in dirèk dès papètrîyes dè Squimpont, yè dès crèyons d’couleûr avu in taye-crèyon in forme dè tére.

A ‘l récréyacion, on djeuwoût à mèles, au mouchwêr, au tcha-coupé, au tcha pu-waut -qu’èl-tére,au chat muchi. Pou dèsigni èl ci qui d’voût cachi après les autes, on comptoût:
« Les- Fla-mins,- c’èst- ni- dès- djins,
is-z’ont- dès- puces- come- dès- la-pins,
is –lès- mèt’-tè- dins- leu- n’a-siète
yè- lès- crok-tè- come –dès- nwè-jètes »

Ou bi
« Lès- Boun-su-ru-za-tis,
on- lès- prind- pa- lès- pîds,
on –lès- mèt- su- ‘l guè-rni
pou- fé- peu- lès- so-ris.
Les-z’ O-phi-nois,
on –les- prend –par- les- doigts
On- les- met- sur- le- toit Pour- faire- peur- aux pu-tois »

In pârlant d’flamins, c’èst st-inviè 1945-1950 què lès Cnockaert, Goethals, De Waele, Van Parijs sont st’arivés à Yite. Leus z-èfants ont sti à scole come tèrtous yè à pârt kékes margayes dè « vuile waal » ou bi « sale flamin », on n’a jamé ri yeu à dire su leu dos, què du contrére! D’ayeûr, i d’a d’cès famiyes-là qui pâl’tè mèyeu walon qu’branmin d’nés natifs du vilâdje.

A midi, les cis qui dmeurine au mitan du vilâdje raline mindji à leus mézos, yè stine dinsi lès prèmis à savwêr pou qui ç-què èl cloke avoût souné à moûrt inviè dij’ eûres. Pou rmonter à scole, on ‘s mètoût su ‘l marchepîd ariére du fourgon du Bon Grain in rmèrciant lès deus tch’faus qu’avine bi du mau à saqui tout ça djusqu’au d’zeur d’èl rue d’èl Montagne.

A sûre

(jmg)

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