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Les élections communales de 1894 – Aux électeurs d’Ittre (veille des élections)

Dans les visites que nous vous avons faites à domicile, nous avons eu l’avantage de vous exposer quelles étaient nos vues et quelle serait notre ligne de conduite, si vous nous faisiez l’honneur de nous investir d’un mandat de conseiller communal.

En faisant un dernier appel à vos bienveillants suffrages, nous tenons à vous fixer sur la portée de nos candidatures.

Et d’abord, il ne sera pas dit que l’intelligente commune d’Ittre sera entièrement à la merci de deux châtelains qui voudraient rétablir le système féodal et prétendre faire courber l’échine à ceux qui n’ont pas assez d’indépendance pour pouvoir résister.

Nous avons pour devoir de nous opposer aux visées de ceux qui rêvent de resserrer plus fortement encore le collier de servitude qui vous étreint et d’enchaîner d’avantage votre liberté.

Electeurs, vous nous aiderez à renvoyer à leurs châteaux et à leurs lapins ces privilégiés de la fortune qui ont déjà assez de pouvoir et de jouissances sans vouloir encore imposer leur autocratie à des gens qui ne sont pas mûrs pour les courbettes et les génuflexions.

L’élection de demain a une importance toute exceptionnelle qui ne doit pas vous échapper.

Réfléchissez mûrement et froidement à ce que vous allez faire et pesez bien les conséquences que votre vote peut entraîner. Si l’élection nous est favorable, c’est le maintien assuré de la taxe personnelle, cette réforme si démocratique qui frappe la bourse des gros, et que nous sommes fiers de revendiquer. C’est en même temps la perspective d’un dégrèvement des centimes additionnels.

Si, au contraire, elle tourne à l’avantage de nos adversaires, c’est la suppression certaine de cette taxe personnelle dont s’accomodent si difficilement les porte-monnaie de nos richissimes seigneurs. Cette suppression entraînera fatalement d’autres charges prélevées sur l’exploitation des services publics. Elle aura pour première conséquence de faire peser sur les travailleurs le principal fardeau des dépenses dont profitent surtout les riches oisifs, qui, à défaut de taxe sur le revenu sont exonérés de la plus grosse part de leur contribution légitime aux dépenses communes. Cette considération seule devrait provoquer la détermination que vous avez à prendre.

Electeurs, mettez-vous en garde contre les mamours et les marques feintes d’intérêt, que vous prodiguent à la dernière heure ces politiciens intéressés, qui s’affublent d’un masque pour mieux vous tromper et mieux vous leurrer. Rappelez-vous que c’est à l’opposition mesquine de la gent seigneuriale de l’endroit que nous devons de ne pas voir des centaines de travailleurs occupés à l’usine qui avait été projetée à Fauquez.Venir prétendre à être seuls les amis de l’ouvrier, après l’avoir si cruellement berné, est d’un toupet renversant, c’est de l’hypocrisie toute pure. Electeurs vous ferez bonne justice de ces prétendus philanthropes.

Nous n’avons pas à faire le panégyrique de notre Administration; elle défie toute critique. Nos compétiteurs n’ont même pas essayé de s’y attaquer. Leur polémique n’a été alimentée que par des personnalités. Ils enfourchaient comme chevaux de bataille les injures et les calomnies à notre adresse. Un des plus vils aboyeurs à leur solde a été jusqu’à dire que le 17 novembre on chasserait de la maison communale les voyoux qui y siègent. On a même fouillé dans la vie privée de certains d’entre nous. Nous protestons, en passant, contre cette polémique autant déloyale que jésuitique. Nous crachons sur leurs injures, elles n’arrivent pas à la hauteur de nos dédains.

Nous avons vu ici un service de mouchards parfaitement organisé. Des personnages peu dégoûtés se glissaient le soir le long des murs et collaient l’oreille à la porte des habitations. L’un des grands chefs de ces bons cléricaux a même été surpris se livrant à cette malpropre besogne.

Toute autre a été notre manière de faire. Nous avons été corrects, courtois. Nous nous sommes attaqués à des principes, jamais à des personnes.

Aussi, entre notre politique franche et loyale et la politique louche de nos adversaires, électeurs, vous n’hésiterez pas.

Lorsque nous examinons la façon dont est composée la liste cléricale, nous sommes toujours à nous demander quelle confiance ce hochepot peut bien inspirer au corps électoral. On ne peut même pas prétendre qu’il donne satisfaction aux catholiques sincères. Nous n’y voyons pas moins de six déserteurs du drapeau bleu et il en est dont la conversion est toute récente. Quel rôle pourront bien jouer au Conseil tous ces candidats domestiqués! Ils constitueront le garde-corps du maïeur, rempliront le rôle de majorité complaisante et seront traités en parfaits automates qu’un tour de clef remonte et qui émettent toujours des votes approbateurs. Ils n’auront pas la force morale nécessaire pour discuter et résister aux empiètements de leurs grands maîtres. Ils seront les prisonniers de ces derniers et les exécuteurs respectueux de leurs volontés. Les règles de contrôle seront totalement écartées, et le contrôle est le complément de toute bonne Administration.

Les candidatures que nous avons l’honneur de présenter à vos suffrages offriront au contraire les plus sérieuses garanties d’une excellente gestion de vos intérêts. Nous avons eu à coeur de présenter une liste composée d’éléments impartialement recrutés dans les différents groupes, de façon à donner satisfaction à toutes les aspirations, voulant sincèrement maintenir et développer les progrès accomplis, et se réclament tous d’un programme à la fois large et généreux.

Indépendants de caractère et soucieux de notre mission, nous saurons vouloir nous éclairer par nous-mêmes, contrôler et surveiller l’Administration de tous, critiquer et condamner ce qui est criticable et condamnable.

Nous n’excluerons jamais le droit d’examen et de discussions et nous saurons toujours entourer de la plus large publicité toutes nos délibérations.

A vous maintenant, électeurs, de décider quels sont ceux qui sont les plus dignes de vos suffrages.

Nous comptons sur votre bon sens et votre honnêteté.

Nous nous abritons sous les larges plis du drapeau de la liberté, de la tolérance et du progrès. Jamais nous ne tromperons la confiance de ceux qui auront mis leurs espoirs en nous. Nous saurons remplir notre mandat avec droiture et loyauté, administrant sans dommage pour personne et pour le plus grand bien de chacun.

Nous attendons avec confiance le résultat du scrutin et vous présentons, chers électeurs, nos salutations les plus dévouées.

Ballant.
Dubois.
Godeau, A.
Leherte.
Casterman.
Godeau, J-B.
Latour.
Plasman.
Vanhouche.

(ndlr: veille des élections du 17 novembre 1894; libéraux)

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