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Les élections communales de 1894 – Un dernier mot à M. De Smet, Bourgmestre d’Ittre (post-élections)

Monsieur,

On connait depuis longtemps vos tendances à confondre avec votre domesticité tous les habitants d’Ittre; nous savons que la moindre contradiction vous met en colère et que sous peine d’être tancé vertement et taxé d’insolence, on ne peut vous adresser la parole sans mettre des gants et se courber en une attitude bien humble et landative. Quant à vous, gardien attitré des convenances et des belles manières, vous savez le secret de parler comme il convient à des sujets et les épithètes les plus malsonnantes sont encore de bon ton dès qu’elles sortent de votre bouche de maître.

Vraiment votre manuel de politesse nous amuse et c’est dans l’espoir que vous nous en débiterez un nouveau chapitre que nous allons nous permettre de discuter votre dernière lettre et de relever les erreurs qui y pullulent.

Vous jouez l’étonnement au sujet des 13,000 francs que nous supposons en possession de la fabrique et vous demandez où nous avons trouvé ce chiffre; si votre mémoire était moins infidèle vous vous rappelleriez que monsieur le Curé l’a annoncé en chaire comme produit des collectes et cette somme ne nous a pas paru exagérée après les nombreuses démarches qu’il avait faites dans la commune et dans les châteaux.

Cette somme devrait-elle le cas échéant, être employée à restaurer la vieille église ? Nous le croyons quel que soit le coût de cette restauration, 8000, ou 15000 et même 50,000 francs (car vous n’avez évidemment pas la prétention de faire une église neuve avec 50,000 francs). Mais nous l’avons dit quoiqu’il advienne nous laissons l’entière responsabilité de la situation à ceux qui, depuis 10 ans, on laissé intentionnellement tomber en ruine la vieille église en prétendant qu’ils avaient des fonds suffisants pour en faire une neuve.

En 1890 monsieur le Curé en présentant le projet de plus de 100,000 francs ne nous a t-il pas fait miroiter des promesses prochainement réalisables. Vous ne l’avez pas cru sur parole et vous avez tenu avec nous à voir les documents. Aujourd’hui c’est M. Desmet qui donne sa parole, mais les documents font toujours défaut. Lequel de vous deux devons-nous croire ?

Nous tenons monsieur le Curé d’Ittre aussi digne de foi que monsieur Desmet bourgmestre et puisque l’un projet comme l’autre doit laisser la caisse communale indemne, nous nous entiendrons préférence (à l’inverse de ce que vous faites) au projet de 100,000 francs de beaucoup plus important et avantageux pour la commune. Seulement par prudence, nous avons réclamé des documents sérieux et nous les attendons toujours. S’ils existent et si vous en avez eu connaissance, vous avez eu tout le temps depuis six semaines de les produire et de remettre la question de l’église à l’ordre du jour de la dernière séance.

Remarquons en passant la malice de votre approbation conditionnelle. Peut-être en cas d’insuffisance de fonds suffirait-elle à emêcher la marche de l’affaire; à quoi servirait dès lors une approbation trop précipitée et sans examen ! Mais dès que le projet entrera en voie d’exécution, aucune restriction ne pourra empêcher que la commune ne soit engagée solidairement dans l’entreprise. Tôt ou tard si l’argent vient à manquer ne pourrait-il se trouver une administration assez complaisante pour voter un emprunt tout en rejetant la responsabilité sur ceux qui auront permis la démolition de l’ancienne église. Ce rôle de dupes ne nous convient nullement; mais puisque vous tenez si fort à cette nouvelle église il serait préférable, semble-t-il, d’adresser vos admonestations aux gros souscripteurs qui tardent si longtemps à ouvrir leur portefeuille, à moins que vous ne préfériez remettre à la commune une garantie signée, par laquelle vous vous engageriez à couvrir l’insuffisance des fonds nécessaires aux travaux projetés. Dans ce cas nous sommes prêts à approuver des deux mains un projet de 50000 francs si cela peut vous faire plaisir.

Un mot avant de finir, concernant l’usine à zinc. Ici encore vous vous êtes révélé un fin hygiéniste capable de faire la leçon aux commissions médicales du Hainaut et du Brabant lesquelles ont approuvé ce que vous condamnez de si véhémente façon; seulement vous discutez à côté de la question. Le rapport que certain professeur de l’institut de Gembloux vous a envoyé selon vos indications, envisage d’une façon bien exagérée, les désastres produits par le grillage du minerai de zinc (industrie qu’il n’a jamais été question d’établir ici).

Comment expliquerez-vous d’ailleurs que vos amis du ministère, en même temps qu’ils refusaient l’autorisation pour Fauquez, aient pu autoriser une industrie bien plus dangereuse en pleine agglomération de La Louvière. Y a-t-il deux poids et deux mesures au ministère catholique ?

Ce ne sont pas certes quelques signatures libérales (que nous n’avons pas à justifier) qu’auraient pu entraîner un ministre catholique à commettre une telle inconséquence et nous avons bien le droit d’en accuser les quelques gros bonnets catholique de notre connaissance dont les démarches répétées dans les ministères ont été signalées à diverses reprises.

Aussi les nombreux ouvriers d’Ittre qui espéraient trouver du travail à Fauquez vous gardent-ils dans leur coeur; ils pourront chômer à leur aise et mourir de faim tranquillement sur leur grabat à l’abri des poisons du zinc et du rachitisme, à moins que pour nourrir leur famille, ils ne préfèrent aller s’empoisonner dans les charbonnages ou autres industries meurtrières du centre, en laissant la moitié de leur maigre salaire aux chemins de fer et dans des logements infects des grandes agglomérations.

Nous restons à vos ordres pour la discussion publique et nous vous laissons le soin de faire ouvrir les portes de la maison communale quand il vous plaira, car vous avez la police des séances, sauf à exiger qu’elles soient fermées conformément à la loi quand il s’agira de questions de personnes comme le cas s’est présenté naguère pour un de vos amis.

Veuillez recevoir, Monsieur le Bourgmestre, l’expression de nos sentiments distingués.

Latour Auguste, Casterman Charles
Echevins.

Ittre, le 25 novembre 1894

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