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Réunions de familles: Nouvel-An et autres

Ma mère avait cinq soeurs: une qui avait la vocation et est devenue missionnaire au Congo, les quatre autres qui ont mis, en tout, 20 enfants au monde. Avec mes deux frères et moi, ça faisait donc un total de 23 cousins et cousines. Faut dire qu’en ces temps-là, il n’y avait pas de match retransmis par la TV, ce qui explique que les hommes passaient sans doute plus de temps à lutiner leurs épouses qu’à travailler!

C’est ainsi que deux à trois fois par an toute la famille se réunissait chez mes grands-parents, rue Delfosse à Nivelles, dans une grande maison qui avait notamment servi de moulin au blanc pour broyer du kaolin, et de couvent pour les Filles de Marie Immaculée. Mon grand-père l’avait achetée aux soeurs le 22 août 1922 pour la somme de 70 000 frs. A ce prix-là, le bien comprenait l’ancien moulin « d’èl fosse », sur un hectare avec: le bâtiment principal composé de 15 pièces, l’ancienne usine des étables avec une tour-pigeonnier, une fausse grotte de Lourdes, un bosquet et un étang. Bref, de quoi occuper tous les jeunes qui avaient toujours de forts bons plans…!

Au Nouvel-An, nous devions lire nos lettres et compliments de circonstance, devant toute l’assemblée réunie, avant de recevoir nos étrennes. Cet argent-là, pas question d’aller le dépenser à la kermesse: nous le donnions à notre père qui s’empressait d’aller le déposer à la Caisse d’Epargne.

Des compliments, il y en avait de plusieurs sortes: pour nos pères et mères, pour les tantes et oncles, pour les parrains et marraines et pour les grands-parents. On les rédigeait à l’école, sur du papier spécial: sur la page de garde, il y avait un chromo en relief avec Jésus qui nous regardait. Il faisait des yeux comme s’il avait égaré sa paie et montrait son coeur qu’on voyait à travers sa chemisette. Si ce n’était pas Jésus, c’était sa mère, la Sainte Vierge, fort malade, elle aussi: on voyait son coeur plein d’éclairs avec une petite flamme par-dessus, comme une veilleuse de chauffe-bain. Equipée comme elle était, cette dame-là, il est évident qu’elle devait souffrir du brûlant tous les jours!


Bon, on y va ? Allons-y pour le compliment!

« Chers Grands-Parents,

C’est avec un bonheur toujours recommencé que je salue le moment des souhaits et des voeux de bonne année. N’est-ce pas pour un coeur aimant un des plus doux moments de la vie ? J’en profite chers Grand-Parents pour vous redire ma vive tendresse pour vous et ma reconnaissance pour les bontés qu’à chaque moment vous semez sous mes pas. Comme je m’estime heureux d’avoir des Grands-Parents si généreusement dévoués à mon bonheur; et comme je me sens impuissant à les payer de retour! Que cette année soit heureuse entre toutes et vous apporte tout le bonheur que vous méritez! Permettez moi, chers Grand-Parents de vous faire aujourd’hui la promesse solennelle d’en prendre ma part par ma conduite et mes progrès.
Je m’efforcerai, surtout pendant cette année-ci, de bien profiter de mon temps d’école pour être à même, plus tard, de vous dédommager des sacrifices que vous vous êtes imposés pour moi. J’espère que vous vivrez encore de longues années et que vous jouirez d’une santé florissante, que le plus grand succès couronnera toutes vos entreprises et que vous aurez le bonheur en partage ici-bas et dans la céleste félicité.
J’irai donc déposer mes voeux au pied de la Crèche de Jésus, le divin ami de l’enfance qui ne les repoussera point.
Je suis même convaincu, chers Grands-Parents, que le Bon Dieu vous gardera encore longtemps à l’affection de toute la famille.

Veuillez agréer chez Grands-Parents, cette faible mais sincère expression des sentiments, et des voeux, de celui qui se dit, avec bonheur, surtout en ce premier jour de l’an, votre petit-fils soumis et très reconnaissant ».

N.B.: Le compliment ci-dessus provient de la collection appartenant à Michèle Landercy.

Après la corvée du compliment, nous allions courir dans le parc pour fumer en cachette, déranger les pigeons, lancer des cailloux dans l’’étang ou jouer dans la fausse grotte. Si la réunion se tenait fin août, mon frère Christian, surnommé « èl Ronsu » – je vous dirai pourquoi plus loin -, en profitait pour marauder des prunes. Et malin qu’’il était, il lançait des briques dans les branches pour être certain de faire tomber les reines-claudes. Evidemment, est arrivé que la brique lui retombe sur le crâne, lui entaillant le cuir sur 3 centimètres. Là-dessus, mon frère saignant comme un cochon qu’’on égorge, s’’est mis à hurler et à courir comme s’’il avait deux mille guêpes aux fesses! Bon, comme dirait Pierre le vétérinaire, la carotide ne passe pas par la tignasse, ce qui fait qu’èl Ronsu, recousu et félicité par mon grand-père pour les branches cassées, a survécu. Seule chose, c’’est qu’’aujourd’hui, si vous voyez un cueilleur qui met un casque pour grimper aux pruniers, vous pouvez être sûrs que c’’est lui, dites lui: « hé, salut Ronsu, t’’attends qu’’il pleuve des prunes de brique ? ».

Revenons à notre réunion de famille. A midi, on passait à table: les grands-parents dans le grand salon, les jeunes dans la pièce attenante à la cuisine où Mariette s’’escrimait à faire suivre les plats. A 12h55, mon grand-père Oscar venait s’’asseoir dans le fauteuil sous le poste de radio. Celui-ci, un ACEC, était équipé d’’un oeœil magique vert qu’’il fallait ajuster pour obtenir un bon son et d’’un cadran où on lisait des noms exotiques: Sottens, Hilversum, Berömunster, M.Ceneri, Wien, Velthem, Tashkent, Allouis, Uit-Arret!

A 13h, l’’I.N.R. donnait le bulletin météo et 5 minutes plus tard, Oscar ronflait à gorge déployée, comme un gueulard de haut-fourneau à Clabecq. Là-dessus, pour se venger d’’avoir été enguirlandé pour les branches de prunier cassées, èl Ronsu, prudemment, va dans la prairie, fait le tour des plus belles bouses, attrape quelques mouches, bien noires, bien vivantes, en arrache les ailes et les enferme dans une boite d’’allumettes vide. Ensuite, d’’un air innocent, èl Ronsu s’’approche d’’Oscar, et laisse tomber les mouches sans ailes dans la bouche grande ouverte. Deux-trois secondes plus tard, le nez de mon grand-père se met à froncer et sa bouche à claquer. Tout à coup, les mouches étant tombées dans le trou à Paters, voilà Oscar qui s’’étrangle pis qu’’une vache qui aurait avalé deux betteraves de travers, qui jaillit hors du fauteuil à croire que les mouches lui chatouillent la prostate, et qui, les yeux exorbités éternue en crachant son dentier qui va atterrir dans la charbonnière, au pied du Surdiac tout noir! Vous voyez le tableau d’’ici: mon grand-père à moitié étranglé d’’un côté, ses petits-enfants morts de rire de l’’autre! Vous savez quoi ? Depuis ce jour-là, j’’ai toujours pensé que les mouches nécrophages sont des insectes très utiles.

Ah oui, pourquoi « èl Ronsu », madame ? Hé bien, c’’est parce qu’’un jour de 1948 ou 1949, mon frère Christian, âgé de 3-4 ans se baladait les fesses à l’’air, et qu’’est arrivé l’’abbé Ghellynck, oncle de Jacques, qui s’’est exclamé: « Nom dè Zo: qué bia p’tit ronsu (étalon en wallon)! ». Comme quoi ça tient parfois à peu de chose, – enfin, vous me comprenez sur « peu de chose » – pour hériter d’’un surnom qui vous suit jusqu’’à la fin de vos jours!

Bonne année à tous

Jean-Marie Gervy (01/2002)

Rèyunions d’famiye: Nouvel-An, yè co d’z-autes

Em mame avoût chinke sieûrs: yone qu’a fé bèguine, lès kate z-autes qu’ont fé, in tout, vint’ èfants. Avu mès 2 frés yè mi, ça fèzoût donc in totâl dè 23 cousins, cousènes. Faut dire qu’in ç-timps-là, i n’avoût poû d’foutbal à ‘l tèlèvision, yè qu’lès omes astine pu souvint su leu feume què su leu n-ouvrâdje!

Dinsi, deûs trwès coups d’l’an nos daline èrtrouvrer toute èl pèkéye dlé mès grands-parints, rue Delfosse à Nivèle, dins ‘n grande mézo qu’avoût notamint sièrvi d’moulin au blanc pou broyî du kawolin, yè d’couvent pou lès Filles de Marie Immaculée. Em grand-pére Oscar Druet l’a acatée aux bèguines èl 22/08/1922, pou 70.000 frs. A ç-prix-là, il avoût drwèt à l’ançyin moulin d’ « El Fosse », su in n-èctâre, avu: ène grosse mézo d’quinje pièces, l’anciène usine, dès èstôles avu ène toûr- pidjonî, ène fausse grote dè Lourdes, in bosquèt, yè in n-ètang. Brèf dè kwè occuper tous lès djônes qu’ avine toudi dès foûrts bons plans.

Au nouvèl-an, i nos faloût lire no complumint – bone anéye, bone santé- padvant toulmonde avant d’èrcèvwêr no bounan. Cès yârds-là, ni kèstion d’daler fé ducasse avu: on lès d’noût dirèk à no pa qui lès mètoût su no carnèt à ‘l késse d’èpargne.

Dès complumints, i d’avoût d’toutes lès soûrtes: pou lès parints, pou lès matantes yè mounonkes, pou lès pârins yè mârènes , yè pou lès grands-parints. On lès scrivoût à scole, su dès papis insprès: su ‘l prèmière pâdje, il avoût toudi in genre dè photo in couleûr yè in rèlièf avu Jézu qui nos raguidoût; I fèjoût dès z-is come s’il aroût pièrdu ‘s quinjin.ne, yè i moustroût ‘s kieur qu’on viyoût à trèviè ‘s tchèmisète. Si ça n’astoût ni Jézu, ça stoût ‘s mame, èl Sinte Vièrje, foûrt prije léye ètou pasqu’èle avoût èl min.me ér malâde: on viyoût ‘s kieur tout plin d’èclérs avu ène pètite flame au d’zeur,come ène vèyeuse dè tchaufe-bain! Equipée come èle astoût, ç-feume-là, bi seur qu’èle avoût tous lès djous ‘l brûlant!

Bon, astone-dalone, lijone no complumint ? (ça stoût in francè, mins…)

« Chérs Grands-Parints,

C’èst st-avu in boneûr toudi rcouminchi què djè saluwe èl moumint dès souwès yè dès veûs dè bone anéye. Est-ce què ça n’èst ni pou in kieur in.mant in dès moumints lès plus doûs d’èl viye ? Dji d’in profite volti, chérs Grands-Parints, pou vos rdire èm’ vife tindrèsse pou vous, yè ‘m rècounichance pou lès bontés qu à chaque moumint vos sèmez padzou mès pas. Come dji m’èstime eureûs d’avwêr dès grands-parints si jènèreûsemint dèvouwés à ‘m boneûr ; yè come dji m’sins impwissant à l’z-ès payi dè rtour! Fuche ès’ n-anéye-ci eureûse intrè tèrtoutes yè vos apoûrter tout ‘l boneûr què vos méritez. Pèrmèt’èm’ chérs Grands-Parints dè vos fé audjourdû èl promèsse solanèle d’d’in prinde èm’pârt pa ‘m condwite yè mès progrès.

D’ m’èfoûrcèrai, surtout pindint ç-n-anéye-ci, dè bi profiter d’èm’ timps à scole pou yèsse à min.me dè vos dèsdomadji pus târd dès sacrifices què vos vos avez impôsés pour mi. Dj’èspére què vos vikrez co bran.min dès z-anéyes in foûrt bone santé, què nos n’arez pou d’rujes quand vos interprindez ‘n sakè, yè qu’vos arez èl boûneur in partâdje su tére yè dins ‘l célèsse fèlicité.

Djè dirai dèpôser mès veûs au pîd d’èl Créche dè Jézu, èl divin ami dès èfants qui n’lès èrpouss’ra ni.

Dji sû min.me seûr, chérs Grands-Parints qu’èl bon Dieu vos téra co lon.min à l’afècsion dè toute èl famiye.

Veuyez agréer chérs Grands-Parints ès’ fébe mins sincére èsprèssion dès sintimints, yè dès veûs, du ci qui s’dit, avu boneûr, surtout in ç-prèmi djou d’l’an, Vo p’tit fils soumis yè foûrt èrcounichant ».

Notez Bi: èl tèxe du complumint vi d’èl colècsion dè Michèle Landercy.

Après ‘l corvéye du complumint, on daloût couri dins ‘l parc pou fumer in muchète, dèsrindji lès pidjons, taper dès cayaux dins l’ètang ou bi djeuwer dins ‘l fausse grote.C’est dins stèle-ci, padzou ‘l Sint Vièrje- qui ‘s rapèloût bi seûr ‘s djoûne timps avu Gabriyèl-, qu’dj’ai fé mès prèmières èspèrtises, in djeuwant avu ‘m cousine Jènèviève, au docteûr!

Si on fèjoût rèyunion fin d’awousse, èm fré Christian, qu’on apèloût « El Ronsu » – d’vos èspliquerai pouquè d’taleûr- d’in profitoût pou daler marauder à prones. Yè malin qu’i stoût, i tapoût avu ‘n brique dins les couches pou yèsse seûr dè fé tchér dès pèrtigons. Evidamint, èst st-arivé qu’èl brique li z-a rtché su ‘s tièsse, li fèjant in crin dè trwès cintimètes. Là-d’su, èm fré qui sagnoût come in pourcha qu’on èsgoûrdje, s’a mis à uler yè a couri come s’il aroût deûs mille woisses à ‘s cu… ! Bon come diroût èm coumarâde Pière l’ârtisse, èl carotîde èn’ passe ni pa lès tchfeus, ça fé qu’El Ronsu, rakeudu yè felicité pa ‘m grand-pére pou les couches dèskètées, vike toudi. Seûle afére, c’èst qu’asteûr, si vos viyez in n-ome qui mèt in casse su ‘s tièsse pou coud’ dès prones, hè bi fuchiz seûr què c’èst li; dites li « hé salut Ronsu, vos ratindez qu’i pieuf’ dès prones dè brique asteûr? ».

Ervènons à no rèyunion d’famiye. A midi on passoût à tâbe: lès grands-parints yè parints dins ‘l bèle place, lès djoûnes dins ‘l place lé ‘l cujène, ayusquè Mariète avoût bi du mau à fé sûre lès plats. A in n-eûre mwins chinke, èm grand-pére Oscar vènoût s’assir dins ‘l fauteuy’ padzou ‘l posse . Ca stoût in ACEC qu’avoût in n-î majike vért qu’i faloût adjuster pou bi intinde, yè dès droles de nos su ‘l façade: Sottens, Hilversum, Beromünster, M.Ceneri, Wien, Velthem, Tashkent, Allouis, Uit-Arret!

A in n-eûre, l’I.N.R. donoût ‘l bultin mètèyorolojike, yè chinke minutes pus târd, Oscar ronfèloût, bouche t’au lârdje, come in gueulârd d’in waut-fourneau à Clabecq. Là d’su, pou s’èrvindji d’avwêr sti insgueulé pou les couches dè proni, El Ronsu, subtîl’mint, s’in va dins ‘l pachi, fé ‘l toûr dès pus bèlès flates, atrape sacantès mouches à brin, bi nwéres, bi vikantes, d’in rsaque lès éles yè lès stitche dins ‘n bwèsse d’alumètes. Après ça, chènance dè ri, El Ronsu s’aproche d’Oscar, yè fé tchér lès mouches sins z-éles dins ‘l bouche grande douvièrte. Deûs, trwès s’gondes pus târd, èl mouzon d’èm grand-pére couminche à froncî, yè ‘s bouche à claper. Tout d’in coup, lès mouches astant tchieutes dins ‘l trau à Pater, vlà Oscar qui skruke pus pire qu’ène vatche qu’aroût avalé deûs bètrâles dè crèsse, qui spitte dèwoûr dè ‘s fauteuy’,à crwêre què lès mouches li cakèye és’ prostate, sès îs prèsses à tchér woûr dè leus traus, yè qui ratche sès faussès dints qui s’in vont rtchér dins ‘l tcharbonière à sto du Surdiac tout nwêr ! Vos viyez ‘l tableau dèdci: èm grand-pére à mitan strôné d’in costé, yè sès p’tits z-èfants sè rastènant d’ni pichi dins leu marone, dè l’aute! Savez què ? Dèspu ç-djou-là, d’ai toudi sondji qu’lès mouches à brin ça stoût dès insèkes foûrt utîles!

Ah waye, pouquou « Ronsu », Madame ? Hé bi, c’èst pasqu’in djou, qu’èm fré Christian avoût 3-4 ans yè qu’i couroût à cu tout nu, èst st-arivé l’abé Ghellynck, mounonke dè Jacques, qui s’a èsclamé: « Nom dè zo, qué bia p’tit ronsu! ». Viyez qu’ça ti tikfwè à ri grand-choûse,- enfin, vos ‘m comperdez su « ri grand-choûse »- pou èriter d’in spo qui vos sût toute vo viye!

Bone anéye à tèrtou!

(jmg)
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